Agwa, Oubeidi : Artisans du séparatisme ?

Aujourd’hui, le journalisme dans notre pays diffère-t-il vraiment de celui d’Amad Mdahoma ? Autrement dit, les évolutions technologiques imposent-elles au journaliste comorien un changement dans ses habitudes de travail et ses valeurs ?

Les propos habituels tendent à affirmer qu’Internet tue le journalisme, que la connexion 7jours/7, 24h/24h, la consommation effrénée d’informations… tirent la qualité vers le bas. Je dirais plutôt qu’il n’est que le révélateur de la médiocrité de certaines parutions, pratiquant le bâtonnage, surfant sur les clichés, se fourvoyant dans la «réactivité» en croyant satisfaire ses lecteurs ou ses abonnés de réseaux sociaux. Or, ces derniers ne sont pas dupes et comprennent bien, de jour en jour, que certains journaux ou pseudo-journalistes visent plutôt à satisfaire la galerie, les complots, brefs faire le buzz.

L’État comorien est «de droit» parce qu’il repose sur une Constitution bien établie pour ouvrir la voie de la démocratie et du développement. De fait, il est grand temps de comprendre que le nouvel écosystème ainsi que les attentes des «consommateurs d’informations» s’imposent au journaliste, à ses dépens s’il ne les anticipe pas. Aussi, les travers de la profession ne sont plus acceptables. Certes, la désinformation, la course au scoop… ne sont pas des phénomènes contemporains. Mais on ne peut pas laisser dire que cela est lié à la révolution Internet. Plutôt à un délitement de ces valeurs qui font du journalisme un métier honorable, pour ne pas dire noble.

Dans ce pays, soyons clairs, nous surfons dans l’absurdité perpétuellement et quotidiennement. Les Agwa, Oubeidi, …sont nombreux. Nous les écoutons, nous propageons leurs bêtises, nous acclamons leurs souffles dans nos «bangwé». Ils ne sont ni journalistes, ni des gens bien informés, encore moins des gens qui connaissent l’histoire de ce territoire si complexe.

Laissant les balivernes de ces gens-là, inondées nos consciences, acceptons que notre destin commun est entre les mains de gens sans foi ni loi ; l’éthique qui gouverne ces «petits-journalistes» itinérants nous mènera droit en enfer. Parce que nous connaissons déjà l’enfer : le séparatisme.

De fait, dans ce cas précis, le journaliste doit rendre des comptes, de manière directe et objective. Le journalisme, aujourd’hui comme hier, reste un métier dans lequel sont défendues des valeurs.

Quels sont donc les devoirs du journaliste ? Les écrits d’Amad Mdahoma, Hassane Madjuwani, Aboubacar Mchangama, gardent toute leur actualité. Les voix gracieuses d’Ali Djaé, Ben Abdou Said Soilihi, laissent planer son parfum suave dans toutes nos mémoires.

Les quatre commandements du journaliste libre sont la lucidité, l’ironie, le refus et l’obstination. À «Uropvé», un média au caractère singulier, dans le paysage médiatique comorien, il persévère dans son intransigeance : «informer bien au lieu d’informer vite, préciser le sens de chaque nouvelle par un commentaire approprié, instaurer un journalisme critique et, en toutes choses, ne pas admettre que la politique l’emporte sur la morale ni que celle-ci tombe dans le moralisme».

Albert Camus, l’une des plus belle voix du journalisme, ira même dire, «qu’une société qui supporte d’être distraite par une presse déshonorée et par un millier d’amuseurs cyniques […] court à l’esclavage malgré les protestations de ceux-là mêmes qui contribuent à sa dégradation».

Lorsqu’Agwa, Oubeidi et consorts parlent, en disant n’importe quoi, entre mensonges et calomnies, ils connaissent parfaitement les peines qu’ils encourent, mais ils sont sans doute persuadés qu’ils sont intouchables. Laisser croire à des perfides et des imposteurs qu’ils peuvent s’affranchir en toute impunité des lois qu’ils connaissent serait un risque considérable pour la solidité de nos systèmes démocratiques. Les juges de la cour comorienne doivent prendre toutes les mesures nécessaires avant qu’il ne soit trop tard.

Considéré que la stratégie de ces hommes, est de mobiliser les foules et ses débordements, monter les uns contre les autres, un gage de trouble à l’ordre public et de la «violence». Aux Comoriens de ne pas minimiser la gravité de ces «laisser-aller», car si la justice prend ses responsabilités demain, ces «journalistes notoires» devront répondre de leurs actes. La notion de trouble à l’ordre public, se caractérise de plus en plus dans leurs publications.

L’opportunisme des dénonciations de ceux qui se rangent du côté d’un droit immanent du peuple, sans décrire la complexité de la situation et la vérité, renforce la défiance des citoyens dans les institutions qui fonctionnent. Or cette défiance n’est pas à prendre à la légère, car elle pourrait alimenter la haine, le désordre et le chaos, force extrême de la division.

Hamid Mohamed.