Un fusible identifié à l’Ambassade de France à Moroni

Le pouvoir en place aux Comores résiste aux goûts de la diplomatie menée par la France à Moroni. Et la France le fait savoir à travers des stratégies bidons, sans tête ni queue. La coopération «franco-comorienne» in fine, aura fait plus de mal que de bien ces derniers temps. De scandales en révélations, de suspicions en délations, l’ancien système montre ses limites et conduit le Président Azali Assoumani de revoir la copie de cette amitié et à affirmer sa volonté de s’affranchir d’une relation désaxée.

La politique d’Azali Assoumani peut-il résister aux coups bas des Français ? Pour en savoir plus sur ce qui se déroule exactement sur le terrain, il faudrait être dans le secret des dieux. Un combat de coq s’impose entre l’Ambassade de France à Moroni et les autorités comoriennes. Et, c’est là qu’un réseau parallèle de crapules s’implante dans l’arrière cour pour semer la zizanie ; le parrain de ce réseau délinquant n’est que l’Attaché de sécurité intérieure de l’Ambassade de France, le Colonel Jean-Luc Berard. Il ne cesse d’aller à contre-courant des efforts de son Ambassadrice Mme Jacqueline Bassa-Mazzoni.

Aucun écrivain n’a mieux raconté les maladresses de la France envers ses anciennes colonies, l’accession à la souveraineté des pays d’Afrique francophone qu’Ahmadou Kourouma. Dans son fulgurant Soleil des indépendances (1968), le romancier ivoirien a décrit l’extraordinaire sentiment de liberté qui s’est emparé, comme «une nuée de sauterelles», de millions d’Africains au tournant des années 60 ; et les désillusions qui n’ont pas tardé à survenir, quand bon nombre d’entre eux se sont rendu compte que la fin de la colonisation française n’avait rien apporté de nouveau, excepté «la carte d’identité nationale». Chez nous, aux Comores, ce maître qui est la France, venu d’ailleurs dont il faut «se questionner sur plus de cent cinquante ans de domination», n’a pas réellement fait ses bagages.

L’indépendance comorienne n’est que de façade aux yeux de l’ancien colonisateur. En coulisses, les réseaux des sales boulots s’activent, vouloir placer les despotes à la tête de nos Institutions comme autant de pions sur un échiquier, cherchant à conquérir de nouvelles zones d’influences; le tout avec la bénédiction du Colonel Jean-Luc Berard. Le chien méchant du Boulevard de Strasbourg à Moroni. Gare à celui qui ose s’attaquer à la mainmise de cet homme sans foi ni loi.

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L’image de la «patrie des Droits de l’homme» se dégrade de jour en jour auprès comoriens. Les sentiments antifrançais s’enracinent. La France ne s’est pas fait une fort belle image de marque en raison seulement de sa révolution de 1789. Elle a longtemps été la patrie naturelle des intellectuels, des hommes politiques ou de culture martyrisés dans leur propre pays et en quête d’exil. Tout comme elle a été pendant longtemps le réceptacle des étudiants comoriens. Mais cette image idyllique s’est peu à peu écornée pour donner à la France un visage aujourd’hui défiguré et qui suscite auprès de nombreux d’entre-nous un sentiment antifrançais. Nos étudiants préfèrent Mvouni, Dakar, Kuala Lampur, …etc !

Il y a un particularisme français lié à son histoire : la colonisation qui a lié notre pays avec d’autres sur le continent africain. Et la décolonisation «à la française», une volonté de maintenir son influence et de garder des liens forts avec ses anciens «protégés». C’est ce qu’on a appelé autrefois la Françafrique, qui ne se réduit pas, loin s’en faut aux valises.

L’affaire de l’attaque de la médina de Mutsamudu, la fuite de l’ancien Vice-président Ahmed Said Djaffar, l’espionnage avérée de Nadia Tourqui, les mensonges graves et la fuite de l’ancien journaliste Toufeyli Maécha, la campagne de déstabilisation qui était menée par Campagnard et ses acolytes, la débandade de l’ancien Gouverneur de Ngazidja, Hassani Hamadi, les demandes de visas refusés par nombreux de comoriens malgré des dossiers solides…etc, toutes ces histoires sont liées intimement aux sales boulots du Colonel Jean-Luc Berard, dont certaines facettes ne sont guère reluisantes. Ce n’est pas par hasard, si certains mieux-informés disent qu’il est fervent partisan du parti politique RN de Marine Le Pen : diviser pour mieux régner est son seul slogan. Diviser les comoriens, insuffler le chaos, pour que sa France retrouve ses couleurs de domination dans l’Archipel.

La France ne mesure pas à quel point l’Union des Comores est en train de bouger, de changer. Son influence s’est affaiblie à Moroni même si on ne le voit pas vraiment en raison de sa présence économique et stratégique. Même si des voix s’élèvent régulièrement pour dénoncer cette présence qui peut sembler anachronique un demi-siècle après notre indépendance.

Au cours des derniers mois, les comoriens comprennent parfaitement la musique qui est menée à l’Ambassade de France à Moroni. Il y a désormais deux troupes à la baguette diplomatique : la représentation de Mme Jacqueline Bassa-Mazzoni et le banditisme grandissant installé de force par le Colonel Jean-Luc Berard. A suivre !

Maitre Claude Mlatamou