Abdallah Agwa : la voix des extrêmes

Dans un récent article que j’ai publié sur les colonnes de ce quotidien, relayé par la toile numérique, j’ai porté une analyse objective et sociologique du rapport entre médias et politique aux Comores. Il ressort de mon argumentaire que le journalisme comorien, nonobstant son efficacité, est exposé à une dualité contradictoire entre professionnels de l’information et amateurs de la presse.

Dans cette dernière catégorie, on retrouve également une frange de journalistes provenant de formations diverses et qui embrassent avec brio et passion le métier de journaliste. Ceux-là possèdent un capital-crédibilité car ils s’approprient les vertus du métier et s’efforcent de respecter les valeurs déontologiques.

Toutefois, l’autre tendance, influencée par la conquête d’une reconnaissance sociale et d’une célébrité pratiquent une activité journalistique dictée par les pulsions personnelles, les manipulations politiques et les motivations matérielles. On assiste alors à ce journalisme à deux vitesses où les certifiés de la profession observent un mutisme étonnant.


Qui est Abdallah Agwa?

Comment Agwa s’est-il imposé sur la scène sociopolitique nationale ? Quelle stratégie adopte-t-il  et quels seraient les objectifs visés ? Ces interrogations méritent d’être formulées afin de comprendre le type de portrait auquel se cache ce personnage qui passe de la simple animation médiatique à la ’’personnalité publique’’. Le moins que l’on puisse dire c’est qu’Abdallah Agwa n’est pas un personnage nouveau, une sorte de phénomène spontané à l’image par exemple des instigateurs du printemps arabe, fin 2010 ou de l’actuel mouvement Gilets Jaunes en France. Si ces types de mouvements se démarquent par leur neutralité politique et leur souci de casser un ordre inconvenable établi, Agwa reflète plutôt le parcours d’un anarchiste, crachant sur toutes les soupes qu’il a consommées et recherchant sa popularité (et non sa célébrité) dans le verbe provocateur, défiant et surtout du propos vraisemblant.

Agwa a commencé l’expérimentation de sa méthode manipulatrice et déstabilisatrice par les chroniques qu’il tenait dans les médias libres. Il donne l’impression d’un analyste neutre, dénonçant les injustices sans aucune langue de bois et livrant des informations qui seraient tenues jusque-là secrètes. C’est du moins ce qu’on peut relever de la posture  de ses propos. Autre facteur méritant d’être mentionné c’est le côté mimétique du profil d’Agwa. En cherchant à imposer son nom et son image dans l’actualité politique, il marche sur les mêmes traces que d’autres partisans de l’anarchie. En effet, on a vécu au cours des campagnes électorales présidentielles de 2016, le phénomène ARM. Acharné contre la personne du président Azali, l’homme aux doctorats, blogueur du Mohélien n’a ménagé aucun effort pour multiplier insultes, mensonges et propos ridicules au profit du candidat Mamadou. Actuellement, la relève est en passe d’être prise par un autre diplômé, docteur en anthropologie, qui se targue la part du politologue comorien sur le Net.

On se demande également si Agwa ne subit pas l’influence d’un certain Chamsidine Maanfou, alias Ntringui, prônant sur Facebook un retour au séparatisme à travers ses propos menaçants et ses provocations envers la personne du chef de l’Etat. Ne veut-il pas s’identifier à Moussawi dont les propos et les chroniques qu’il tient en direct sur la toile restent sans effet ? En tout état de cause, la personne d’Abdallah Agwa est relativement atypique dans la mesure où son double langage nuit à sa crédibilité. Enfin, en s’investissant dans une volonté de faire comme ou plus que les autres pour se faire intéresser et s’imposer sur l’actualité politique, Agwa incarne le modèle d’un personnage animé par le goût des extrêmes.

Il aime toujours dépasser les limites, transgresser les normes, manipuler les masses. C’est de cette façon qu’il puise sa satisfaction. Si certains disent qu’il dit haut ce que les autres disent tout bas, il faut reconnaitre que ce pseudo-journaliste ne possède aucun repère dans ses actions. Il ne connait ni le principe des sources en journalisme, ni l’éthique et la déontologie de la profession. Sans scrupule, il agit comme bon lui semble et ne mesure pas les conséquences au niveau de la société.

 

Que vise-t-il ? A-t-il atteint ses objectifs ?

Habitué aux arrestations, Agwa est actuellement entre les mains de la force publique. C’est donc un pas de gagné pour lui car son objectif est non seulement d’imposer son autorité sur la scène politique mais surtout de se victimiser. Une telle tentative de s’afficher en victime d’injustice perpétuerait sa popularité, laquelle serait récupérable politiquement.  Etre interpellé puis arrêté par les forces de l’ordre est déjà une part de victoire pour lui. Toutefois, notre phénomène de journaliste oublie et ne tient pas compte du changement que le pays est en train de connaître.

Les valeurs républicaines, l’autorité de l’Etat, la sécurité des biens et des personnes sont des priorités importantes pour le Chef de l’Etat et son gouvernement. Garant du respect des institutions de la république, l’Etat retrouve ses valeurs d’antan : respect et considération. Dans le cadre d’un Etat digne de ce nom, il n’est pas possible de laisser certains esprits ternir l’image de notre nation. Abdallah doit être entendu par rapport aux manquements dont il fait preuve depuis longtemps. Il n’est pas question de détourner l’attention des Comoriens pour expliquer son arrestation en relation avec les prochaines élections.

Il ne faut pas oublier que depuis quelques mois, le procureur général avait tenu une conférence de presse où de tels cas ont été parcourus. La liberté d’expression est sacrée. Elle a ses limites, celle du respect des droits humains. Les insultes, les mensonges, l’incitation à la haine ne sont pas compatibles avec la liberté d’expression. Encore une fois, les journalistes, les vrais, doivent défendre leur métier qui se dégrade au jour le jour. C’est un métier qui s’apprend et qui s’adapte à des contextes précis. Ne rien dire, c’est consentir le désordre.

Picture1


Issa ABDOUSSALAMI
Sociologue, doctorant à Aix-Marseille Université
Enseignant de Lettres à l’Académie de Créteil