Campagnard ou la Tragédie morale d’un éternel second

Pour ceux d’entre vous, et dire combien vous êtes nombreux à ne pas saisir le désarroi que vit en ce moment l’ex-colonel Soilih, alias Campagnard, sachez qu’il n’est pas facile tout le long de sa vie d’être l’éternel second d’un seul et même homme pendant si longtemps.

À vous toutes et tous il nous est arrivé dans notre carrière d’être à un moment donné un adjoint d’un « tel », un vice d’une « tel » ou un sous-chef d’un « tel », mais ce fut rarement le même homme ou le même chef.

Imagine-toi alors si tu dois passer au restaurant après un « tel », faire sa prière à la mosquée après un « tel », et se faire servir à la banque après un « tel ». S’agissant toujours de la même personne. Vous finirez indéniablement par vous dire que même au paradis (ou en enfer), vous passerez certainement après ce « tel ».

À partir de ce moment, on aura compris la tragédie que vit Campagnard vis-à-vis de son éternel Chef, Azali. Pourquoi le destin le condamne-t-il à vivre cette tragédie de l’éternel second ? De Meknès à Mdé, de la FAC à Kandani, de la FCD à l’État-Major, en passant devant le peuple Comorien, on se demande pourquoi (« ce héros »), a passé toute sa vie à être spectateur de la préférence à Azali.

Cet homme vit le drame de l’éternel second et dans l’histoire, si bien sûr celui-ci a déjà daigné la lire, il ne doit pas être « seul ».

S’est-il trop longtemps résigné à incarner ce rôle sur mesure ? À l’instar d’un célèbre « second » répondant au nom d’Abdesalam Jalloud n’ayant pas eu les « couilles » d’un Compaoré quand de 2000 à 2006, celui-ci fut Chef d’État-Major des Armées de son éternel Chef.

Non, ce Campagnard n’a rien d’un « Bonaparte » et nous ne vivrons pas un 19 Thermidor. À mon avis, il est pas en tout point semblable à un certain « Boulanger », un feu de paille qui se consumera dans les braises de l’Histoire.